BASF assassin à Rouen

Récit de l'action contre BASF du 17 novembre 2025 par des membres du Collectif de soutien aux victimes de pesticides de l’ouest.
Dimanche 16 novembre 2025 : nous sommes une trentaine de membres du Collectif de soutien aux victimes de pesticides de l’ouest à partir en voiture en début d’après-midi vers le point de rendez-vous pour un briefing avant d’investir l’usine BASF tôt ce lundi matin près de Rouen.
Ambiance déterminée et grave au point de rendez-vous : nous allons nous « attaquer » à un gros morceau : une des usines d’un des leaders mondiaux fabriquant des pesticides.
Nous sommes d’autant plus déterminés que nous représentons nos 600 collègues adhérents du Collectif, dont beaucoup ne peuvent être là car trop atteints dans leur corps par les effets des pesticides : leucémies, maladie de Parkinson ou Alzheimer, myélomes, etc. Nous pensons à notre ami Christian, décédé en avril 2025, qui aurait très certainement été présent, tellement sa combativité et sa force de persuasion étaient grandes et communicatives près de nous tous.
Nous sommes impressionnés par tous les détails de la préparation de l’action. Dans la grange qui nous accueille se dressent les panneaux, banderoles et slogans qui nous mettent tout de suite dans l’ambiance de la lutte. Présentation des plans de l’usine avec les différents lieux à investir, les rôles de chaque groupe, nos droits et attitude à avoir en cas d’arrestation par la police, etc.
La nuit est brève et pleine de gravité, mais joyeuse quant à la portée de notre action : il s’agit de s’attaquer à un des plus gros fabricants de poison qui commercialise des produits mettant en danger la santé des utilisateurs (paysans, salariés des fabricants, des firmes ou coopératives de commercialisation, des paysagistes, employés d’espaces verts), des riverains, consommateurs d’aliments bourrés de pesticides, et la santé de nos champs, de nos ressources en eau, de l’air que nous respirons.
Fait aggravant : l’usine à investir se permet de produire un insecticide interdit pour sa dangerosité en Europe depuis 2017, le Fipronil, afin de l’exporter dans les pays d’Amérique latine, l’Asie, et qui nous reviendra dans les produits alimentaires importés. Vive le Mercosur !
Comment s’étonner que les maladies se développent chez les humains et atteignent des malades de plus en plus jeunes ? Les associations de malades craignent un doublement des cancers d’ici à 2050.
Le nombre de malades du cancer de la prostate a été multiplié par 2,8 entre l’année 1990 et le début des années 2020 pendant que celui du sein doublait dans la même période, celui de la peau chez l’homme multiplié par 5,4 ; le cancer du poumon chez la femme par 7,6 (source Institut national du cancer). Entre 2015 et 2022, le coût du cancer de la prostate en France passe de 1,36 milliard d’euros par an à 2,4 milliards.
Rassurons-nous : BASF travaille dans ses labos à élaborer des molécules pour faire des traitements anticancéreux. On n’a pas fini de voir la Sécurité sociale en déficit et les profits des actionnaires de la chimie bien cotés en bourse.
À peine arrivés à 6 h30 dans l’usine, et face à notre détermination à bloquer et investir l’usine, nous voyons déferler des dizaines de gendarmes pour protéger les grilles des empoisonneurs.
Le groupe des Faucheurs d’OGM réussit à atteindre le hangar où sont stockés les bidons de Fipronil et apporte la preuve du rôle de cette usine dans la fabrication de ce poison. Un autre groupe réussit à s’approcher des bureaux, mais il est stoppé manu militari par les gendarmes arrivés en force.
Un rassemblement improvisé se tient devant l’usine, face à la police, tout le reste de la matinée ; il montre la détermination des paysans présents, des malades, des défenseurs de l’environnement, de travailleurs de la santé à combattre sans relâche pour interdire la production de ces produits de mort. On est satisfait : aucun produit n’est sorti de l’usine ce 17 novembre, les autorités ne peuvent plus dire qu’elles ne savaient pas…
Il n’est pas toujours facile d’être optimiste quand on voit quotidiennement nos démocraties empoisonner et matraquer leurs peuples.
Merci
Grâce à vous tous, cet instant de révolte, face au servage moderne que nous subissons, restera dans nos mémoires comme un moment privilégié, où nous redevenons acteurs… et admiratifs de nos organisateurs et dirigeants du jour.
Merci à vous tous, de nous avoir invités à ce grand moment de convivialité et de révolte.
Merci aux Soulèvements de la terre, merci aux Faucheurs volontaires, merci à Cancer colère, merci à la Confédération paysanne, merci aux collègues du Collectif de soutien aux victimes des pesticides…
Et un énorme bravo à ceux qui ont méticuleusement œuvré, depuis de nombreux mois, à la préparation de cette journée.
Merci à celles et ceux qui nous ont ouvert leur ferme, nous ont laissé l’envahir et la chambouler, merci à nos cinéastes pour leur perspicace communication avant et après l’événement.
Nous avons été émerveillés par la grande maîtrise des organisateurs, étudiant toute hypothèse, ne laissant aucun détail au hasard. Tout ceci dans une extrême discrétion, car quel exploit aujourd’hui, que de réunir, dans le plus grand secret, plus de 500 personnes de tous horizons, avec les moyens actuels de nos grandes oreilles… un immense bravo pour ça aussi.
Bien sûr, le combat doit continuer, et nous saurons être à vos côtés.
Texte de Bernard et José, agriculteurs retraités et membres du CSVPO


