correspondancespaysannes

L’université de la Paysannerie et de l’Artisanat Cotentin

4 min de lecture
L’université de la Paysannerie et de l’Artisanat Cotentin

Réveiller les consciences pour stopper le désempaysannement du pays : c’est le combat que nous menons au quotidien, au sein de la ferme Hébé à Néhou (50). Préoccupés par les problématiques politiques et écologiques du monde actuel et convaincus qu’une agriculture plus respectueuse de la terre et des individus qui la travaillent est possible, nous avons imaginé l’UPA Cotentin...

L’Université de la Paysannerie et de l’Artisanat, comme moyen de se défaire de l’emprise du système capitalo-industriel qui tue les « petit.es paysan.nes » et qui participe à la perte des savoir-faire artisanaux indispensables au travail quotidien dans une ferme.

L’union fait la force !

Si les objectifs de l’UPA sont multiples, ils visent avant tout à redonner aux métiers de l’agriculture leurs lettres de noblesse et attirer ainsi les paysan-nes de demain. Lier paysannerie et artisanat c’est mettre en avant des philosophies de travail et de production, à rebours du productivisme, du consumérisme, de la standardisation. C’est aussi permettre un échange fécond entre des personnes dont les savoir-faire se complètent et s’additionnent, dans l’objectif de réaliser une autonomie concrète. Celle des paysan.nes, des artisan.es, et in fine de l’ensemble de la population sur des domaines aussi essentiels et variés que l’alimentation, l’habitat, l’habillement...

Pour ce faire, l’UPA Cotentin propose une expérience collective où les travailleur-euses du monde agricole et les artisan.es, trop souvent isolés et pourtant mus par la même envie de lutter pour un monde meilleur, travaillent à l’unisson. Dans ce territoire gangrené par les industries agro-alimentaires, le nucléaire, et l’armement, il est important de pouvoir donner des perspectives à celles et ceux qui veulent mettre leurs compétences au service d’un autre projet de société.

Une telle approche peut en effet faire bouger les lignes et redonner espoir aux personnes qui rêvent de se reconvertir dans le secteur de l’agriculture, ou simplement donner un coup de main, mais qui ne s’autorisent pas à franchir le pas en raison de l’image négative et de l’isolement auxquels il est associé.

Décloisonner les savoirs

Parce que, pour nous, être maraîcher.e ce n’est pas juste planter et récolter des légumes, il est important de proposer aux étudiant.es une formation complète en immersion totale, afin qu’ils aient une vision globale du métier et qu’ils acquièrent les diverses compétences nécessaires au quotidien. Aux savoirs indispensables du volet paysan s’ajoutent donc la découverte de savoir-faire artisanaux, de l’écoconstruction de bâtiment à la transformation des produits (cuisine, conserverie, boulangerie, ...) en passant par la métallurgie et la mécanique pour ne citer qu’eux.

L’organisation de journées d’étude ou de tables rondes pour réfléchir ensemble aux moyens de relever les défis environnementaux, politiques et sociaux et ainsi de pouvoir pérenniser et développer ce modèle fait également partie intégrante du programme. Nous souhaitons encourager une agriculture qui se pense, qui s’autonomise, qui lutte et entre dans un rapport de force visant à la destruction pure et simple du modèle agro-industriel et son monde.

Expérimenter

La ferme Hébé organisera la première session expérimentale de formation au mois d’octobre 2025. Sur le modèle du Woofing, en échange du gîte et du couvert, les étudiant.es de l’UPA Cotentin découvriront ainsi les bases de la production maraîchère et pourront s’initier à l’arboriculture, l’apiculture ou encore à la culture de plantes aromatiques. Ils acquerront également de nouvelles expériences auprès des artisan.es locaux adhérent.es (réparation et teinture textile, écoconstruction terre-bois-paille,…). L’essaim Manche de l’Atelier Paysan, société coopérative qui accompagne les paysan.nes dans la fabrication de machines sur mesure, appelé « Les Démanché.es » sera également partie prenante du projet, autant qu’une boulangère qui produit du pain au levain et des douceurs sucrées 100 % bio, et bien d’autres encore.

Cette première expérimentation, en plus de donner un nouveau souffle aux combats de la paysannerie locale, permettra de parfaire ce modèle innovant afin que les étudiant.es puissent, un jour peut-être, obtenir une certification équivalente au BPREA (Brevet Professionnel Responsable d’Entreprise Agricole) à l’issue de leur formation au sein de l’UPA.

C’est une des perspectives plus lointaines que nous envisageons, et nous avons la conviction que nous ne le ferons pas seul.e.s. En effet, cette perspective de la formation paysanne indépendante est une volonté dans nos réseaux paysans afin de donner à nos modèles agricoles les moyens de s’autonomiser, de se diffuser, et de faire buguer la techno-industrie des lycées agricoles aux assiettes, en passant évidemment par les champs.

En attendant nous appelons celles et ceux qui veulent expérimenter avec nous à nous contacter.

L’UPA Cotentin _contact@upacotentin.fr _

À lire aussi

Témoignage Samuel Chabré : "j'ai vu pleurer mon père"

Témoignage Samuel Chabré : "j'ai vu pleurer mon père"

Nous republions ici le témoignage poignant de détresse paysanne qui a récemment fait grand bruit sur les réseaux sociaux.
Arnaud Rousseau : Vrai PDG, faux paysan

Arnaud Rousseau : Vrai PDG, faux paysan

Des marchés financiers à la présidence de la FNSEA, Arnaud Rousseau incarne la transformation d’un modèle agricole en une machine industrielle au service des puissants....
Correspondances Paysannes : Quesako ?

Correspondances Paysannes : Quesako ?

Un réseau et un bulletin pour donner de l’écho aux voix paysannes et nourrir des liens par-delà les frontières du monde agricole.