correspondancespaysannes

UPA Cotentin : Une première qui en appelle d'autres

6 min de lecture
UPA Cotentin : Une première qui en appelle d'autres

**La première formation proposée par l’Université de la Paysannerie et de l’Artisanat (UPA) Cotentin a réuni sept étudiant-es aux profils variés au mois d’octobre 2025 au sein de la ferme Hébé à Néhou (50). Le bilan de cette session d'expérimentation est encourageant et ouvre de nombreuses perspectives. ** ** Apprendre en faisant : une méthode qui fonctionne**

L’association, qui a pour but de lier la paysannerie et l’artisanat, et de permettre de découvrir les facettes des différents métiers complémentaires à ceux de l’agriculture, a vu ses objectifs atteints grâce à l’implication des artisan-es qui ont partagé leurs savoir-faire et aux paysans du GAEC Hébé. Pendant ces quatre semaines de formation aux côtés d’Aurélien et Emmanuel, les étudiant-es ont pu acquérir une vision d’ensemble des techniques de la production maraîchère et de ses défis, découvrir les circuits de commercialisation des produits et pour certain-es mûrir leurs différents projets en les alignant avec les valeurs agroécologiques et politiques portées sur la ferme.

En parallèle, et sous la houlette d’Antoine notamment, membre de l’association Les Démanché-es qui fait partie du réseau de l'Atelier Paysan, Soudons, fermes !, ils ont été sensibilisés à l’autonomie technologique lors d’un atelier d’apprentissage de la soudure à l’arc. Pendant deux jours, ils ont appris à réparer des outils et ont perfectionné le lit de désherbage de la ferme, une machine créée sur mesure avec des tubes en acier, des roues et pédales de vélo et des sièges de voiture à laquelle ils ont ajouté une structure d'attache pour une bâche de protection.

Ils ont également pu cuisiner les légumes de la ferme et les nombreuses herbes comestibles sauvages qu’ils ont appris à reconnaître et cueillir avec le naturaliste Jocelyn et Victor le chef d’un restaurant gastronomique. Une expérience aussi enrichissante que gourmande, de même que la fabrication du pain au levain avec la boulangère Maëla. Un atelier d’écoconstruction avec Thomas, artisan à la coopérative les Chantiers de demain, ainsi qu’un atelier de découverte de la filière textile naturelle et de la teinture végétale avec Julie sont venus compléter l’apprentissage des savoir-faire artisanaux.

En guise de fil rouge, une large place a été donnée à l’analyse des enjeux agricoles, avec notamment quatre demi-journées pour arpenter le manifeste de l’Atelier Paysan, Reprendre la terre aux machines, et discuter autour de tables rondes, avec en prime une soirée ouverte au public animée par Jean-Claude, qui avait contribué au travail collectif pour ce livre. ** Vers une pérennisation du modèle**

Une demi-journée a été consacrée à réaliser collectivement le bilan de cette première session d’expérimentation. Et il en ressort que les étudiant-es ont été convaincu-es par la variété et la qualité du contenu de la formation et par le caractère bénévole du projet qui, même s’il représente un challenge en termes d’organisation, a été néanmoins plébiscité par les intervenant-es. L’intérêt de la gratuité d'un tel modèle pour en garantir l’accès à toustes a été conforté et la richesse des échanges grâce à l’intervention des différent-es intervenant-es est un atout du projet.

Le choix du format de quatre semaines de formation semble être un équilibre cohérent entre accessibilité, immersion dans une ferme et possibilité de proposer un contenu suffisamment varié et riche. Mais parce que toustes ont pu ressentir de la frustration de ne pas avoir « le temps de prendre le temps » dans ce programme tout de même bien chargé, il sera étudié la possibilité d’allonger un peu la formation pour en réduire la densité qui reposait sur 5 jours d’activité par semaine pour 2 jours de repos.

La prochaine session de formation devrait avoir lieu au printemps 2026 et de nombreuses idées d’ateliers ont déjà été proposées parmi lesquelles la mécanique, la menuiserie, l’électricité, l’élevage, la transformation laitière, l’affouage ou encore l’apiculture et la vannerie. L’UPA Cotentin cherche donc plus que jamais à développer son réseau de fermes et d’artisan-es partenaires, à fédérer des forces vives, des paysan-nes et des artisan-es prêt-es à s’impliquer bénévolement dans le projet pour partager leurs savoir-faire avec les futur-es étudiant-es. ** Dupliquer**

Le modèle repose sur le bénévolat et la gratuité, ce n’est pas tout à fait une évidence quand on réfléchit à une activité de formation. Mais l’horizontalité, la souplesse, l’autonomie, la pérennité et la duplicabilité “facile” du format ont, pour le moment et jusqu’à ce que ces premières conclusions soient éventuellement remises en question, convaincu l’ensemble des parties prenantes de poursuivre dans cette direction.

L’accueil à la ferme calqué sur le modèle du woofing permet de mettre l’agriculture et le mode de vie paysan au cœur du projet, c’est-à-dire qu’il est question d’apprendre en faisant. Et le temps important donné par les paysan-nes est évidemment précieux pour eux et pour les autres. Mais il est primordial que du temps d’échanges (à la fois sur le détail des pratiques concrètes, les gestes, les postures, sur les aspects théoriques d’agronomie et sur l’organisation du travail et des prises de décision) soit accordé aux personnes venues découvrir et apprendre durant ce mois.

Et ce temps de formation donné par les paysan-nes, on l’espère et on essaye de le faire ainsi, est compensé par les coups de main donnés par les étudiant-es. C’est sur ce modèle du troc, de l’échange, du partage, du bénévolat qu’est construite l’UPA. L’association créée pour donner un cadre juridique, et ses membres, doivent s’assurer que les deux parties “jouent le jeu” de la réciprocité et qu’à aucun moment le projet ne tombe dans les travers parfois constatés du woofing sur certaines fermes où les aidant-es sont utilisé-es comme palliatif à un manque chronique de main-d’oeuvre et/ou de moyen de rémunérer des personnes potentiellement intéressées pour travailler dans une ferme.

Afin de permettre la duplication du modèle, que des UPA voient le jour sur les territoires et d’éventuellement se fédérer, nous envisageons la création de supports théoriques à partager, des programmes, des méthodes, et un guide pratique pour amorcer la constitution d’une UPA. Nous restons également à disposition pour répondre aux éventuelles sollicitations afin d’échanger avec celles et ceux qui voudraient se lancer dans l’aventure de la formation libre, gratuite et émancipatrice. Mais d’ores et déjà quelques éléments clefs nous semblent évidents pour démarrer : une ferme, de la logistique pour les étudiant-es, c’est-à-dire de l’hébergement dans de bonnes conditions, et des artisan-nes prêt-es à donner un peu de leur temps et à partager leurs savoir-faire. C’est à la fois beaucoup, mais simple.

Pour conclure, nous sommes heureux d’avoir réussi à donner accès à la ferme à des personnes porteuses de projets agricoles ou non, entre 20 et 40 ans, habituées à la ruralité ou urbaines. Bref, nous avons participé à “ré-empaysanner” les esprits et donné du grain à moudre à celles et ceux qui ont fait le choix de pousser la barrière de l’UPA Cotentin pour entrer sur la ferme et dans les ateliers. Pour être tout à fait franc, il est rare d’être face à une situation, une initiative, qui dépasse les attentes initiales des différent-es acteur-trices et c’est un moment qui galvanise et donne de l’énergie pour poursuivre et développer les luttes paysannes. ** L’UPA Cotentin**

À lire aussi

Témoignage Samuel Chabré : "j'ai vu pleurer mon père"

Témoignage Samuel Chabré : "j'ai vu pleurer mon père"

Nous republions ici le témoignage poignant de détresse paysanne qui a récemment fait grand bruit sur les réseaux sociaux.
Arnaud Rousseau : Vrai PDG, faux paysan

Arnaud Rousseau : Vrai PDG, faux paysan

Des marchés financiers à la présidence de la FNSEA, Arnaud Rousseau incarne la transformation d’un modèle agricole en une machine industrielle au service des puissants....
Correspondances Paysannes : Quesako ?

Correspondances Paysannes : Quesako ?

Un réseau et un bulletin pour donner de l’écho aux voix paysannes et nourrir des liens par-delà les frontières du monde agricole.