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Des chantiers conviviaux pour soutenir l’agriculture paysanne, les Brigades d’Action Paysannes de Belgique

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Des chantiers conviviaux pour soutenir l’agriculture paysanne, les Brigades d’Action Paysannes de Belgique

**Les Brigades d’Actions Paysannes (BAP) sont un réseau citoyen solidaire et d’éducation politique pour comprendre les réalités et l’importance de l’agriculture paysanne et du mouvement pour la souveraineté alimentaire. Organisées en « Locales » à travers la Belgique et soutenues par les associations FIAN Belgium et Quinoa, les BAP mettent sur pied des actions et chantiers en soutien aux paysan·nes et animent un réseau présent lors de mobilisations visant à transformer le système alimentaire. **

A 1000km de là, en Bourgogne, un petit groupe d’ami·es a commencé à organiser des journées de soutien aux paysan·nes voisin·es. En voulant structurer leur collectif, iels se sont posé·es de nombreuses questions qu’iels ont adressées aux BAP, actives depuis huit ans, et désireuses de partager leur expérience afin de faire émerger de pareilles initiatives au-delà des frontières belges1. Sont retranscrites dans cet article les réponses de Fenouil, et Fraise, « brigadistes »2 et facilitateur·ices sur les chantiers. ** Pour commencer, on se demandait quelles sont les fermes que vous allez aider ?** ** Fenouil : **Généralement ce sont les fermes qui nous contactent et il y en a assez pour qu’on n’ait pas besoin d’aller en chercher davantage. La plupart des fermes font partie du large réseau d’associations auquel sont bien intégrées les BAP. Souvent les agriculteur·ices font partie soit d’un petit mouvement, le MAP (Mouvement d’Action Paysanne), soit de la FUGEA, troisième syndicat agricole francophone. Parfois iels ne sont pas syndiqué·es. La question pour nous, c’est plutôt : à quel moment une ferme a besoin d’aide ? On se demande aussi si les agriculteur·ices ont des manières de travailler respectueuses de l’environnement. Et notre contrainte posée c’est que la production agricole soit la principale source de revenus, quelle que soit l’activité.

**Grâce à votre site internet3, n’importe qui peut s’inscrire à des chantiers. Est-il difficile de trouver du monde ? ** Fraise : En 2024, on a eu 75 chantiers et il y a eu 400 inscriptions, avec des gens qui viennent plusieurs fois. Et en 2025 on a plus que doublé le nombre de participations et réalisé 100 chantiers, dont 20 ont eu lieu sur des fermes pour lesquelles c’était le 1er chantier avec les BAP. ** Fenouil : **Si le chantier est bien planifié à l’avance et qu’on a pu suffisamment en faire la promotion, on a le monde qu’on souhaite. Mais même non remplis, on les maintient ! Un coup de main de deux ou trois brigadistes reste un coup de main important ! ** Les fermes où ont lieu vos chantiers sont-elles en difficulté ? ** **Fenouil : **Je dirais 50/50. Il y a pas mal de fermes où on intervient pour donner un coup de boost et faire en sorte que la saison ne soit pas mise à mal. Il y a beaucoup de chantiers qui sont aussi uniquement liés à des petits retards. Pour les fermes en installation, ça booste de voir que des personnes sont prêtes à se bouger pour venir te rencontrer et voir ta ferme. ** Fraise : **Par exemple, la semaine prochaine, il y a un chantier de taillage de haies. L'agriculteur a de nouvelles parcelles, grâce à Terre-en-Vue4, mais elles ont été laissées à l'abandon et les haies ont bouffé les clôtures. Donc il ne peut pas y mettre ses vaches pour l'instant. Si les brigades n'interviennent pas, il y en a encore pour des semaines de travail. Le chantier d’après, c'est pour l'inauguration d'un atelier de boulangerie qui a pris du retard.

Pour les paysan·nes qui n’ont pas les moyens d’employer des salarié·es, il existe des formes de soutien instituées pour combler le besoin de bras supplémentaires comme le woofing ou le recours à l’aide des « mangeurs5 ». Est-ce réellement utile d’ajouter une nouvelle couche à ce qui existe déjà ? ** Fraise : **Une partie des paysan·nes que j'ai rencontré·es accueillent en woofing. Mais parfois cette aide n’est pas suffisante. Par exemple, un maraîcher a déménagé et il fallait qu'il replante vite pour avoir des légumes à donner à ses mangeurs abonné·es à ses paniers. Il a une serre entière à faire, il faut planter 300 plants de tomates, 600 salades... Même s'il demande à ses mangeurs, ce n'est pas assez. On intervient sur des grosses tâches parfois urgentes. Clairement, je pense qu'on vient vraiment compléter ces offres-là.

**Fenouil : **Sachant qu’avec les brigades il y a une limite annuelle qui a été mise à 3 chantiers par ferme. Généralement, les fermes demandent de l’aide une fois à l'année. Ce qu’on amène en plus sur les chantiers, qu’il n’y a pas avec woofing ou autre, c’est l’éducation politique. On prend le temps, sur chaque chantier, de discuter des réalités de l’agriculture paysanne : on est d’ailleurs en train de créer un jeu de cartes pour aider les personnes sur chantier à aborder toutes sortes de sujets (tailles des fermes, PAC, installation paysanne, reprise de fermes…).

On s’est aussi questionné sur la notion d’autonomie paysanne. On a parfois l’impression qu’il existe une injonction à se débrouiller sans aide extérieure, comme si c'était faire l’aveu que la ferme ne fonctionne pas.

**Fenouil : Je trouve que le modèle « agriculturel » qu’on a aujourd'hui a copié quelque chose qui est propre au fonctionnement économique : « débrouille-toi tout seul et si tu n'y arrives pas, c'est pas fait pour toi. » Alors que si on regarde bien, l'agriculture de base ça ne fonctionne que parce qu'il y a une communauté autour. Les fermes ont toujours fonctionné en famille et avec l'aide des villages à certains moments. Sans ça, les petites fermes n'ont pas les moyens de survivre aujourd'hui. Elles ne sont absolument pas soutenues politiquement et économiquement. Et le but, c'est que les BAP viennent un peu remplir le rôle que les villages, souvent, n'ont plus à l’heure actuelle. Le but c'est aussi, par ces chantiers, d'amener un peu de joie et de convivialité sur la saison quand un agriculteur ou une agricultrice en a besoin. ** Y a-t-il des prolongements aux chantiers ?

Fenouil : Les chantiers peuvent créer un lien entre les bénévoles et les agriculteur·ices qu'on aide. Il y a des personnes qui restent en lien avec l'agriculteur ou l'agricultrice et finissent par venir à l'année, de temps en temps. Il y a aussi des personnes qui commencent carrément à travailler dans des fermes par la suite ou qui se lancent dans une formation pour devenir elles-mêmes agricultrices. Les BAP peuvent être une porte d'entrée pour aller plus loin. On ne l’a pas encore dit, mais les BAP sont aussi une porte d'entrée à la militance.

D’ailleurs, quel rapport ont les BAP avec les mouvements de lutte ? ** Fraise : **On ne se retient pas d’être dans une forme de militantisme : on va manifester avec le bloc paysan, on est plusieurs à rejoindre d'autres mouvements. La lutte est intersectorielle. Chaque année, on aide à l’organisation et on mobilise pour la Journée internationale des luttes paysannes, le 17 avril.

**Fenouil : Je suis d’accord, toutes les formes de soutien, de militance et d’activisme sont les bienvenues aux BAP, le soutien aux fermes n’a pas de sens sans actions pour exiger des changements structurels qui modifieront les rapports de forces actuels. C’est la force des BAP : offrir un terrain d’entente aux différent·es militant·es pour penser et travailler ensemble le mouvement. ** Quelles perspectives dans l’avenir ?

Fenouil : Il y a une volonté de faire du lien avec les mouvements de luttes pour être plus efficace et faire front commun. On travaille aussi avec le noyau dur des bénévoles sur l’autonomie et l’autogestion du réseau. On a aussi envie d’améliorer notre communication pour parler des différentes manières d’être bénévoles dans les BAP, montrer que chacun·e a sa place. ** Fraise : **Et évidemment faire essaimer encore et encore le modèle, que ce soit en Belgique ou ailleurs !

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  1. Voir par exemple en France : https://www.cas38.fr/blog/, https://www.touspaysans.fr/
  2. Nom des bénévoles chez les BAP
  3. www.brigadesactionspaysannes.be
  4. Asso belge équivalente à Terre de lien
  5. Équivalents belges des adhérent.es des AMAP._

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