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LA LOI DUPLOMB PARTIELLEMENT CENSURÉE : UN PIED DANS LA PORTE ?

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LA LOI DUPLOMB PARTIELLEMENT CENSURÉE : UN PIED DANS LA PORTE ?

Jeudi 7 août, le Conseil constitutionnel a censuré la ré-autorisation de l’acétamipride, un néonicotinoïde dont la toxicité sanitaire et environnementale n’est plus à démontrer. La reculade très partielle de l’État est la conséquence directe d’une colère populaire montante face à une intoxication généralisée des corps et des milieux par l’industrie des pesticides.

Cette colère s’est traduite ces derniers mois dans le combat de plusieurs associations, historiques ou nouvelles (Collectifs de soutien aux victimes de pesticides, COAADEP, Vietnam Dioxine, Cancer colère, etc... ), dans des actions directes telles que des blocages et intrusions dans des sites de production de pesticides ainsi que dans les plus de 2 millions de signataires de la pétition réclamant l’abrogation de la loi Duplomb. Cette dynamique de résistance n’a en rien perdu sa pertinence et nous devons continuer à œuvrer à son approfondissement : cette loi, même amputée, constitue toujours une offensive brutale d’un modèle agro-industriel délétère. Même sans acétamipride, le blanc-seing accordé à l’agrandissement des fermes-usines en particulier ne peut que contribuer à renforcer le recours à la chimie de synthèse.

Comme l’a déclaré Fleur Breteau, porte-parole de Cancer Colère : « Cette décision nous apprend une chose, c’est que le rapport de force fonctionne. Et comme il reste 288 molécules nocives pour la santé et l’environnement utilisées en agriculture, on ne va pas s’arrêter là. Ce que nous voulons, c’est un moratoire sur les pesticides. » Nous n’arracherons pas l’interdiction immédiate de la production et de l’utilisation de ces produits toxiques (cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques et perturbateurs endocriniens) sans une résistance populaire déterminée, sans un mouvement massif de lutte. Cette revendication doit par ailleurs être  couplée à deux autres : un coup d’arrêt à la délocalisation coloniale des contaminations environnementales (par l’interdiction des exportations de pesticides interdits sur le territoire hexagonal) ET la nécessaire interdiction des importations des produits traités avec ces mêmes pesticides dont la concurrence déloyale est dénoncée par la majeure partie des actifs agricoles. La mobilisation citoyenne contre la loi Duplomb doit se prolonger, par des actions collectives à la hauteur des enjeux et par l’émergence d’une force d’opposition dans la rue.

Il est essentiel, sur ce point, d’être parfaitement clair sur les conditions socio-politiques d’une sortie de la chimie conventionnelle et d’une généralisation des pratiques agroécologiques : elles réclament une réforme agraire qui ne pourra être arrachée que par un mouvement social de masse pour le ré-empaysannement des territoires et la souveraineté alimentaire. Car dans un monde où la production agricole est dévolue à une minorité de 400 000 exploitant.es, il n’y aura pas d’autre alternative que de réinstaller massivement des travailleurs et travailleuses de la terre pour pouvoir sortir de la chimie !

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